• Les "riens", sans rien ? - II -

     

     

    Indirectement, l'anthropologie a adressé il y a près de 25 ans, des critiques à Macron et son adresse aux Pauvres. A la lecture de ces vieilles critique, on comprend que Macron, même s'il s'en défend, dessine la figure du Pauvre et de la Pauvreté. Ce qu'on pourrait voir comme une revisitation de l'ancienne Charité chrétienne, sauf qu'il ne veut plus lâcher un centime pour eux.

     

     

    Les "riens", sans rien - II -

     

    Les "riens", sans rien - II -n texte de 1995,* découvert sur la toile, illustre bien à mon avis l'écueil sur lequel bute l'étude et les actions menées autour de ceux qu'on voit essentiellement des « êtres de besoin », formule empruntée à B. Friot qui caractérise ainsi les salariés vus par le patronat, par opposition aux producteurs du travail, de leur propre vie. .

     

    La figure du pauvre est apparue aux USA grâce à, entre autres, divers anthropologues qui ont essentialisé les pauvres. Ils leur ont donné une identité de pauvre, formulé à grands traits la personnalité « pauvre », d'après Marc Augié, auteur du texte.

     

    (p.12) « On constate ainsi que la culture de pauvreté serait plus que la pauvreté « en soi »(Lewis 1969: 801). Une pauvreté « pour soif », si l'on veut, qui ne s'exprimerait cependant pas sous la forme d'une conscience de soi, mais sous celle d'un « mode de viet » transmis de générations en générations...on est donc très prés de la naturalisation d'un état social de précarité. I1 devient très difficile, dans ce cadre, de rendre raison du changement social. Celui-ci est d'ailleurs exclu, par définition, de la caractérisation de la population concernéepar la culture de pauvreté:  »

     

    Cette naturalisation de la pauvreté, même déjà critiquée en 1995, semble sortie tout droit des cervelles des responsables actuels. Ainsi, le Président Macron présentant le Plan Pauvreté, critique cette «fatalité sociale qui fait que les plus pauvres sont toujours logés près des plus pauvres, que quand une famille quitte un quartier difficile, une autre famille plus pauvre encore la remplace, comme une forme d'encerclement de reproduction à laquelle on ne pourrait échapper. » Et en même temps cite des exemples décontextualisés, parle de « fatalité » et de « sort » à conjurer. C'est l'image d'une pauvreté naturelle qu'il trace, comme il y aurait une humaine nature. Non, l'humanité est naturellement portée, inclinée à inventer sa propre nature, et l'appelle la culture, les cultures.

     

     

     

    « Au fond, ce qu'il nous faut faire avec la pauvreté, la grande pauvreté [c'est ] considérer que nous avons peut-être pendant trop de temps décidé de corriger les conséquences dont nous chérissons nous-mêmes les causes […] sortir d'une société qui s'est habituée dépenser de l'argent pour essayer d'en corriger les imperfections à la marge ».

     

     

     

    Au fond, Macron le conservateur renonce à critiquer ce que lui-même adore. Adoration qu'il tente de faire porter par tous les français. Mais sa façon de présenter la pauvreté, cette ethnographie cinématographique, et son refus, typique, de dépenser pour « les conséquences » - alors que Bercy n'accordera que 8 milliards d'euros sur plusieurs années, avec conditions drastiques d'obtention, et n'imagine que quelques expérimentations très localisées où l'on tente de donner la maîtrise des plans à des pauvres – illustre justement le fait qu'il n'y a pas à la racine du Plan, le prisme des valeurs. Lesquelles valeurs pointent tout de suite le déséquilibre, entre la considération, l'écoute et les moyens qu'on accorde, que le Président accorde – il les reçoit même à l’Élysée – à ceux qui ont tout, et ce qu'on accorde à ceux qui n'ont rien. De même, nos valeurs républicaines, pointent l'absence criante de Liberté dans ces quartiers où les pauvres subsistent, la Police règne en maître. Tandis que vous ne voyez jamais l'ombre d'un flic à Neuilly, à Chatou, au Vésinet, à Marly...

     

    Quant à la Fraternité, elle se résume le plus souvent quelques poignées de mains distribuées à la va-vite sur les marchés en période électorale, ou en discours compassionnels fabriqués par quelque « petites mains » chargées de com'.

     

     

     

    Mais beaucoup de pauvres résistent, sans ou contre Macron et son pauvre plan. Ils pourront prendre enfin leur destin en main si les responsables acceptent les valeurs qu'eux-mêmes se sont données en devenant des représentants du peuple, et l'idée, risquée pour eux, que le terme de pauvreté « n'est pas a prendre au sens substantialiste de sa définition, mais en tant que situation de pauvreté relevant essentiellement d'une analyse situationnelle". 

     

     

     

     

     

     

     

    Contribution pour le Séminaire préparatoire au Sommet Mondial pour le Développement Social Copenhague, mars 1995)

     

    LE DÉVELOPPEMENT PEUT-IL ÊTRE SOCIAL ? Pauvreté, chômage, exclusion dans les pays du Sud.

     

    Royaumont, 9-11 janvier 1995

     

     

     

    POUR UNE ANTHROPOLOGIE CRITIQUE DE LA PAUVRETÉ

     

    (Note sur trois paradigmes culturalistes)

     

    Miche AGIER 

     

     

     


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