• L'oeil était dans la tombe et contemplait la littérature contemporaine

     

     

    Article épidermique à partir et sur une énième observation systématique du contemporain littéraire. Levée de quelques cailloux dans la chaussure du critique, via les pudeurs et les humeurs d'un auteur.

     

     

     

     

    L'oeil était dans la tombe et contemplait la littérature contemporaine

     

    L'oeil était dans la tombe et contemplait la littérature contemporaineuelques mots sur la littérature contemporaine, inspirés par l'interview de J. Faerber, universitaire fabriquant aussi du roman, à propos de son livre*

     

     

     

    Les propos de l'auteur donnent à penser qu'il voit la littérature comme un plan cadastral des figures, des icônes d'un état donné de la littérature, avec « important », « pas important », une classification soigneusement calculée des littérateurs majeurs, moyens, et médiocres.

     

    Auteur de côté, je vois des livres, des fragments de textes, des pointillés même. Fouillis nécessaire à ma subjectivité, à ma création. Laquelle a besoin du brouillard, de la peur, et de la désorientation pour foncer à petits pas dans une direction. Laisser couler des mots, comme la fin d'une peine indicible.

     

     

     

    Dans ce long interview, je ne lit qu'une seule fois le mot « Marché ». Quand même, le Marché. Il est toujours là, porte des désirs, grille des ambitions. A son propos, indubitablement, j'ai entendu sur Inter une des critiques déclarant que la littérature était « de plus en plus formatée ». Et la répétition permanente des recettes, et le rejet permanent des livres, des littératures difficiles. Il existe où, sous ces hachoirs, le contemporain.

     

    Même sans penser succès, bancable et buzz, il est où le contemporain réel, celui de tous les manuscrits écrits aujourd'hui, envoyés aux éditeurs et dont 99% ne seront pas publiés ? A quand un universitaire qui s'attaque à tous les manuscrits de l'année ? Allons, soyons généreux, même les manuscrits d'un seul éditeur. Après étude exhaustive, il pourra avoir une idée réelle du contemporain. Sinon, on est encore dans la redite sur les figures d'hier – domaine d'excellence à France-Culture, qui vient de fêter sa dix millième émission sur Flaubert - et les auteurs bombardés icônes d'aujourd'hui. Il se trouve que ça ne fait qu'une poignée, parmi les plus connus, les plus labellisés.

     

     

     

    Les universitaires ont sans doute de bonnes idées. Et de moins bonnes, donc.

     

    A commencer par cette traque permanente du contemporain, de l'extrême contemporain. Bref, sucer le sang à peine sorti de la plaie. Peut-il y avoir plus énervant et plus fallacieux que cet œil guettant le moindre syntagme émergeant d'un stylo ici et maintenant. Il y a une généalogie à faire de cette manie de traquer la littérature en live, comme le cameraman du porno traque bites et chattes en gros plan intégral. Comme si l'essence, le secret du sexe se trouvait dans les replis les plus infimes de la peau. La littérature a besoin du secret.

     

    L'explication est en retard sur le faire, et heureusement, parce qu'il y a une grande dose d'inconscience dans l'écrit, dans l'auteur. Les critiques scrutant les auteurs, les auteurs visés, inquiets, iront voir quels diagnostics portent ceux qui les observent, pour discerner quelles pulsions les autorisent à observer, à guetter, à tenter d'influencer, quelque part, ce qui sort de la plume inquiète de l'auteur. Jeu de miroirs qui asséchera fatalement la candeur de ce même auteur, qui tiendra compte, à son esprit défendant, de ce qu'il a pu capter de tel ou tel universitaire en planque. Ou générera une nouvelle sorte d'auteur émergeant de ces études pour illustrer littérairement leurs analyses. Il y a de plus en plus d'auteurs sortis de l'Université ou des Grandes Ecoles. C'est quand même plus commode, les uns légitiment les autres et tout le monde est content.

     

     

     

    Je voudrais ajouter que le contemporain n'est pas contemporain. Pour un auteur, ça me semble une évidence. Il plonge dans l'enfance et dans les siècles, Il va pêcher les escargots d'une main enfantine, et une idée dans quelque formule fantastique de Gargantua. Il fait du contemporain avec d'antiques ficelles nouées au fond de son esprit tourné sur le présent. A ce moment. Comme il s'ouvrira sur le passé une heure plus tard, un an plus tard.

     

     

     

    Et que dire de la terminologie à la mode, « post », « l'après », « mortdelalitterature »... Il y a quelque chose du logo, de la pensée et de l'expression de marque, là-dedans. La marque toujours, dans le clin d’œil des expressions figées, dans l'écume portée par les qualificatifs nouveaux appelant l'intelligence du baigneur, qui saisira le propos. Propos pas forcément saisissant.

     

    On sent le système, on sent l'appel à serrer les rangées de livres sous des étiquettes. Mais Mauvignier pensait à Tolkien en écrivant Des hommes, Valéry songeait à quelque écriture qui s’appellerait Baise-moi, dans le sas du futur au fond de sa tête, Hugo relisait L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche pour paver le triste chemin jusqu'à la tombe, à l'aube.

     

     

     

    Procès un poil partiel, effectivement partial. Qu'importe. Avant tout, plaidoyer pour le mystère, pour le pauvre sacré qu'est l'intimité pure et intemporelle de l'esprit-langue d'un auteur.

     

    *Après la littérature – écrire le contemporain

     

    Johan Faerber – Ed. PUF - 2017

     

     

     

     

     


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