• Boutique delete

    Surfant sur l'épistolaire, catégorie annexe de la littérature, elle-même sous-catégorie aujourd'hui du spectaculaire, des lettres propose des tranches déchirantes, suaves ou scabreuses découpées en plein cœur.  Pour toutes les bourses, toutes les plages de temps ou de sable...

     

     

    Boutique delete

     

    Boutique deletees lettres est un éditeur numérique qui fait « la part belle au lecteur », ce qui ne mange pas de pain. Spécialisé dans « la correspondance, sous toutes ses formes, sans limites d’espace, de langue, de temps ou de thématique ». Un trésor culturel immense, une mine, que ces « voix intimes, [ces] témoignages historiques », ces « œuvres littéraires époustouflantes, [ces] archives déconcertantes ou décalées ». Une mine à vendre au plus offrant, pourvu qu'on sache délimiter, découper et empaqueter.

     

    des lettres récupère les bons morceaux et les recycle en entier ou en fragments, mais surtout les décline en best of, thématiques illustrées, conseils inspirés. Pour avoir une fois ou deux lu et même utilisé dans un article une phrase ou deux d'un des auteurs empaquetés chez l'éditeur, je reçois ses rappels. Je ne voyais dans ces mailings, dans ces fragments d'amour, d'amitié, de voix et d'époques diverses, que passe-temps d'un attendrissant collectionneur. J'imaginais un idéaliste recueillant ce qu'il ne pourrait, n'oserait dire, et même penser de l'amour et de l'amitié, à l'ombre de nos plumes les plus belles, les plus déchirantes.

     

     

     

    Idiot que je suis. Non seulement j'ai voté Hollande en 2012, mais je n'avais même pas remarqué la boutique de nos amis des lettres. Une boutique avec plein de photos de ce qu'on peut faire avec des lettres d'amour ou d'amitié quand on sait vendre des sacs à mains, des manuels de compréhension, des guides pour la conversation, ou des recettes pour les faibles du stylo, voire du sentiment.

     

    des lettres, ce sont des professionnels. Ils vous découpent la tranche d'amour ou d'amitié dont vous avez besoin chez n'importe quel auteur(e) vivant ou mort, panthéonisé ou photogénique, pour le matin, le midi ou le soir. No sucy.

     

     

     

    D'ailleurs, juste à côté de la passionnée lettre d'Eluard à Gala, où il déclare, en toute générosité, son affection pour le rival Dali, on ne pourra pas rater le petit commerçant qui vous tend son panier. Car on en a de l'imagination chez des lettres. Les produits déviés, dérivés pardon, s'occuperont au mieux des petits curieux, des amateurs de trophées ou des anxieux de briller en société.

     

     

     

    Il y a tuto pour vivre l'amour comme les grands, moyennent quelques euros. Il y a sac avec une phrase immortelle qui fera si bien sur le tote bag de plage, pour une dizaine d'euros. Il y a cours pour écrire littéraire, en une poignée de leçons payantes. Il y a cadavre à exquisément tourner, juste 8€ et des broutilles.

     

     

     

    On se démène chez des lettres pour gonfler le site. On ratisse large, du dauphin au maquereau. On n'est pas sectaire, tout est bon dans l'écrivain, tout est à prendre, qu'importe la valeur où l'époque. Sur l'étal Eluard côtoiera D'Ormesson, Kerouac posera à côté d'Amnesty, Vigny à côté de Goscinny (fille), ou Obama fricotera avec Baudelaire. Lettres, littérature, célebres, grands écrivains, pipoles, je vous en mets combien ? Xème ou XXème siècle, fiction, torchon, brouillon, extrait, tout fait ventre pour le panier. Et pour que ce soit bien clair l'éditeur précise « deslettres.fr n’est pas une association, ni une entité philanthropique et notre activité, comme d’autres, a un coût qu’il nous faut assumer.»  Aidez-les à vous vendre du cœur à la criée, « Devenez donateur ».

     

     

     

    des lettres, un éditeur d'avenir, à condition de ne pas mollir. A quand les reliques ? Le furoncle de Dali, la morve de Proust, le chancre de Céline, le premier tampon de Marylin, le dégueulis de Churchill. Et pourquoi pas une association, pardon, un joint-venture avec Lourdes ? Les produits « lettres » au bord de la piscine, on s'esbaudirait à moins. L'anonyme souffreteux trempe un pied, une main, une hanche dans l'eau en lisant quelque bribes de fantaisie amoureuse. Alors, dieu de dieu, il se met à bander avant de se relever et de courir. 15€ l'alléluia, 20€ au fond de la salle, qui dit mieux !?

     


  • Commentaires

    1
    Ecume Blanche
    Lundi 17 Avril à 22:27
    La société de consommation, j'ai bien ri,Cependant c'est navrant.Belle caricature.
    2
    Ecume Blanche
    Mardi 18 Avril à 08:34
    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Merde_d%27Artiste Tu m'as rappelé cet artiste par ce texte.
      • Mardi 18 Avril à 10:28

        Oui, sucré-salé, humour-désespérance. Je fais régulièrement ce mélange...

        Pas bien compris ta comparaison avec l'artiste au ready-made particulier....Le site dont je parle fait de la bouse et l'empaquète, c'est ca ?

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