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    Les nombres comptent. Les nombres font signe, ou symbole. Repères personnels et collectifs. Inventaire poétique de nombres qui, pour moi et pour d’autres, furent plus que de simples chiffres.

     

    Nouvelle série dont le nombre d’occurrences reste à déterminer.

     

     

     

    5es nombres ne connaissent pas le sourd ménage des souvenirs entravés. Fumée délicate, taguée à l’encre délébile sur une caravane de succès méprisés et de défaites désirées. Ils viennent en tête de beaucoup, en même temps, parfois. On les croit lointains, détachés.

     

    Ils n’ont pas peur, les nombres. Ils sont présents, toujours, de loin. Barbares ou délicats, les souvenirs qu’ils escortent, voilà le frontal, voilà la charge brute.

     

    Regardez 5. Il n’a l’air de rien. Un peu bancal, même. Il s’appellerait troisplusdeux que ça n’étonnerait personne. Quelque chose comme un appendice au cul d’un interminable mille-pattes.

     

    Le jour où j’ai atteint cinq ans, je devais être encore blond, prêt à tout gommer du passé jusqu’à virer brun, d’après la photo.

     

    Je regarde l’objectif, mes cheveux bouclés en plein envol, loin de mes yeux scotchés à la vérité qui m’attrape. J’ai cinq ans et l’air d’un vieillard coupable de ce qu’il ignore. On m’aurait fixé sur une pellicule tous les cinq ans, j’aurais quand même ce regard qui s’excuse d’avoir raté une marche, et même tout l’escalier.

     

    Cinq n’est pas un nombre pour les anges, ni même celui qui irait bien avec la Bête. Cinq est une faute honteuse d’exister. On en prend pour cinq et on recommence. L’horloge atomique interne sait toujours compter ses atomes, jusqu’à ce qu’elle rate une seconde. Une seconde de distraction, un minuscule égarement, quelqu’un ou quelque chose qui vient la distraire de sa tache métronome. Le commencement de la fin pour l’ordre des mirages. Le regard vieillard sait tout cela. Il convoquera Saturne de plus en plus souvent, pour la féliciter, au mieux.

     

    La liesse sociale dit « pas mieux ». Dans les rues, elle promène sa calèche en bois, toute remplie d’avenir fraîchement cueilli. Elle a maquillé les faces blêmes, rebouché soixante-huit et quelques ornières. En attendant, la distraction, la petite embardée qui emmènera la calèche et tous ses joyeux pointillés dans la rigole oubliée.

     

    Je vis là, moi, je crie au vent de lumière miséricordieux, qui se lève quand même tous les cinq ans, pour empêcher, pour encourager, pour vivre distrait.

     

    Je ne m’allonge plus sous ses apaisantes ondes, mais j’entends, quand même. Il fera été toute l’année, garanti par constitution démocrate hissée haut.

     

    Mais le 5 veille, qui sait faire trembler la lumière, au poids des ombres confrontée. Le 5 n’a rien d’un démocrate. Le 5 connaît le brouillard et les vieillards meurtris. Le 5 est impair, qui toujours manque à l’avenir.

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Henri Etienne Daysso
    Jeudi 5 Août à 22:22

    Ah s'il suffisait de compter !

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