• Ultime plage de temps ? II

    Comment tout peut s'effondrer a suscité des réactions qui ont permis à Servigne de préciser son propos. Quelle autre solution que le volontarisme face à l'inertie et au déni ? Lequel volontarisme risque de ne pas suffire face à certains scénarios d'effondrement....

     

     

    Ultime plage de temps ?  II

     

    Ultime plage de temps ?  II près la présentation du futur proche formulé par Pablo Servigne et Rafael Stevens, voyons un peu comment les auteurs explicitent développent certains points de leur analyse face aux réflexions et controverses apportées durant la séance de questions-réponses suivant la conférence de présentation de l'ouvrage Comment tout peut s'effondrer.

     

     

     

    L'effondrement de nos sociétés, dont nous avons vu les grandes lignes dans l'article précédent, si l'on en croit Servigne et Stevens, interviendra dans un laps de temps de trente et quelques années, au maximum 2050.
    Il prendra plusieurs formes sans doute, mais dans tous les cas s'incarnera dans une rupture majeure qui fera que les structures, l'architecture de la société, à l'échelle d'un pays ou de plusieurs, seront mises à mal. Plusieurs institutions et/ou plusieurs secteurs – alimentation, énergie, finance...- ne seront plus capables d'assurer leurs services. Avec un impact rapide et majeur sur l'existence au quotidien de la majorité des gens, dépendant du maillage social à un point qu'ignorait encore la génération d'avant-guerre, au XXème siècle.

     

    De même le système sera détraqué par ce coup « brutal » qui affectera un ou plusieurs domaines vitaux du pays, des pays. Les relations entre institutions seront affaiblies, voire empêchés. Par exemple l'alimentation en énergie serait très limitée, voire coupée – eau et électricité –, ce qui pourrait empêcher le fonctionnement des usines de traitement de l'eau, des déchets. Ce qui à son tour affecterait la santé – recrudescence brutale de maladies - , paralyserait rapidement des machines et mécanismes complexes qui ont un besoin vital d'eau et d'énergie, comme les centrales nucléaires, les systèmes de secours n'ayant qu'une puissance et une durée limitée. On l'a vu à Fukushima, mais qu'en serait-il si les moyens palliatifs même – ces tonnes d'eau déversés chaque heure sur la centrale, les barres de combustible -, ne pouvaient être extraites du sol, acheminées...Nous le savons, dans certains pays, on est déjà en limite des capacités et l'approvisionnement de nos sociétés est une mécanique aussi complexe que fragile. Il suffit de pas grand-chose pour passer un seuil qui casse la machine, avec des effets en cascade, qui à leur tour dégradent, détruisent d'autres éléments essentiels de la machinerie sociétale.
    Qu'en serait-il, par exemple, si l'un des drones qui ont survolé impunément les centrales nucléaires françaises lâchaient un bombe extrêmement puissante sur un réacteur, ou sur une « piscine » où sont conservées les matériaux extrêmement irradiés ?...

     

     

     

    A côté de ces effets brutaux, cumulatifs, de fracture structurale et systémique, on peut formuler l'effondrement d'une manière beaucoup plus concrète, lisible par le quidam.
    Y. Cochet en donne cette définition  : « processus à l'issue duquel les besoins de base – eau, alimentation, logement, habillement, etc – ne sont plus fournis à un coût raisonnable, à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ».

     

     

     

    Qu'on adopte une vision « macro » ou centrée sur la vie de chacun au plus près, le résultat est le même. La société effondrée se verrait durablement, sinon définitivement abîmée, arrêtée. Elle ne remplirait plus sa fonction de service et de régulatrice qui font que l'on peut parler de société, c'est-à-dire de communauté fonctionnelle qui permet à chacun de vivre.
    Ce qui ne serait pas sans répercussions majeures sur l'aspect « organique » de notre monde. Une société est un ensemble de valeurs articulées pour que chacun se sente membre, reconnu, à égalité de droits et de devoirs avec les autres, doté d'une puissance d'agir et de changer à sa mesure sa société. Donc, citoyen d'une démocratie. L'effondrement peut engendrer des effets d'urgence, la suspension temporaire ou définitive de droits, des contraintes exercées sur tout ou partie du corps social, la levée violente d'intérêts privés, d'avidités localisées et impérieuses. Bref, la démocratie serait en grand danger.

     

     

     

    L'effondrement qui vient semble tout à fait inéluctable si l'on peut accorder une certaine confiance à la qualité scientifique et à la grande documentation explorée et synthétisée par les auteurs. Au point que Pablo Servigne avoue qu'il a fait une dépression quand il a eu fini de compiler les données climatiques, sociologiques, économiques, politiques et autres, jusqu'à voir le tableau d'ensemble qui se dessinait clairement. L'effondrement qu'il tente de décrire ne semble pas plus évitable qu'un météorite sur une trajectoire de collision avec la planète. Cette joie que dit éprouver et recommande Servigne, elle ne va pas  du tout de soi. Sauf si on considère qu'au fond, quand on a tout perdu, alors vient une espèce de liberté, car tout est possible et on peut s'ouvrir à toute solution. Encore faut-il une solution.


    Les auteurs livrent plutôt une ligne de conduite, un vade mecum de l'honnête survivant qui tenterait évidemment de pallier les conséquences des ruptures successives survenues. Ils préconisent l'entraide, le lien maximal, de proximité et la mise en route dès maintenant de pensées, « planification s » d'un monde de « l'après ». Un nouveau monde, post-cataclysmique, à visualiser et mettre en route très vite, pour ne pas tomber dans le chaos à la Mad Max. A l'échelon local. De toute façon, difficile de faire du global, puisque les collapsologues et sympathisants ne sont qu'une poignée et que la dimension globale, les inter-actions globales seront fortement dégradées sinon brisées par la ou les ruptures qui devraient survenir. A moins qu'une immense prise de conscience se lève très vite...
    La conscience et la volonté de sinon maîtriser, du moins survivre à l'effondrement implique des groupes et des projets locaux, mais quelques principes éthiques sont pensables pour l'ensemble de l'humanité, face à la nouvelle donne de sociétés définitivement abîmées, transformées par les ruptures. Ainsi, l'éthique recommande de penser et mettre en place une limitation de la population pour survivre à ce que nous ne pourrons plus changer, des ressources réduites, une emprise sur le monde défaite.

     

    Point positif, l'entraide devrait fonctionner parce qu'elle a toujours fonctionné durant les effondrements précédents. Contrairement aux storytelling de "jungle" que véhiculent les médias, à la recherche du voyeurisme et pourvoyeurs de légitimation pour les pouvoirs qui ont toujours besoin d'un ennemi, d'une menace quitte à l'inventer.
    Comme le firent le Maire et le chef de la Police de la Nouvelle-Orléans, au temps de l'ouragan Katrina. Les viols d'enfant et les meurtres qu'ils dénonçaient pour légitimer le recours massif aux forces policières et armées – alors que les services publics d'aide réelle étaient dramatiquement absents parce que supprimés par les autorités ultra-libérales – étaient pure invention, ce que des journalistes réussirent à montrer et surtout à faire avouer à ces autorités corrompues.
    Faire confiance, donc, à l'humanité voilà la solution générale pour l'amener à prendre des décisions enfin adultes sur la civilisation qu'elle pourra et devra relancer, forcément limitée et différente.

     

    Encore faudrait-il que notre société ait envie de repartir et réussisse à s'unir après le ou les chocs puissants, étalés et sans retour de l'effondrement.


    D'autant plus que des inconnues peuvent compliquer la donne au point que le pronostic vital de l'humanité soit engagé
    Premier inconnu, l'évolution réelle du climat, donc les auteurs ont précisé que les effets sont cumulatifs et exponentiels. Des scénarios très crédibles envisage un réchauffement à 6 voire 14°.  S'ils se réalisaient, la vie sur Terre deviendrait très difficile, sinon impossible, pour les humains et même l'ensemble des espèces vivantes.
    De même, comment fera-t-on pour stopper, mettre un sarcophage, et organiser l'arrêt de centrales en déshérence ou même endommagées, en cas de désorganisation profonde, rapide de notre société ? Car il faudra pouvoir rémunérer les ingénieurs, les architectes, les spécialistes divers qui interviendront dans l'un ou l'autre des cas. Il faudra compter sur leur capacités intactes d'action, sans parler de la défaillance possible de la logistique. Logistique touchée très fortement dès qu'un problème structurel ou systémique touche une société.

     

     

     

    L'ouvrage de Servigne et Stevens ouvre donc sur un futur crédible, parfaitement sombre car l'éventail des catastrophes va du complexe à l'immaîtrisable, avec, face à cela, une seule solution évidente, la bonne volonté résultant d'une prise de conscience.
    Dès aujourd'hui, devant l'effet d'inertie et le déni majeur chez les décideurs, toujours accros au storytelling de la croissance, les collapsologues avertis ou béotiens ont de quoi faire. A commencer par lire attentivement l'ouvrage de Pablo Servigne et Rafael Stevens.

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 2 Août 2016 à 11:32

    Merci pour le partage!

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