• Ultime plage de temps ?

    La COP21 et sa ritournelle, le réchauffement climatique, n'ont été qu'une agitation vaine, tout à fait insuffisante face à ce qui va se produire, est en train de se produire, une ou des catastrophes majeures, au niveau planétaire. Lesquelles pourraient entrainer l'effondrement de notre civilisation. Le propos est argumenté (très) et situe l'impact autour de 2050.
    Juste un petit problème. Nous glissons déjà, de plus en plus vite, vers le désastre.

     

     

    Ultime plage de temps ?

     

    Ultime plage de temps ?ersonne n'est dupe. La COP21 a été un nouvel écran de fumé pour laisser la main au Marché et les États seuls devant leur irresponsabilité, qu'ils appellent responsabilité. La scène climatique est bonne pour prendre encore plus de gîte, en attendant qu'un sursaut du politique, une poussée soudaine des partisans de l'écologie...

     

     

     

    Ce n'est pas la vision de Servigne et Stevens. Leur bouquin va plus loin, que ce constat partagé d'un climat problématique. Il creuse plus profond les imbrications, les liens fatals qui sont à l’œuvre dans le système écologique Terre. Un brin anticipatif, ils décrivent les conséquences des pieds décisionnaires à fond sur l'accélérateur, à terme de cinq à trente ans.

     

    Au-delà de la crise écologique, le plus grave est sans doute que celle-ci se combine avec trois autres crises majeures : économique, politique, sociale et des valeurs.

     

    Comment tout ça se mélange ? Globalement, nous polluons l'air, l'eau et détruisons la biodiversité pour perpétuer un système de plus en plus inégalitaire à l'échelle mondiale. Il est en train d'affronter victorieusement la démocratie. Il n'a pas le choix, le nombre des dommages irréversibles et des morts pour arracher sans cesse un peu plus de croissance lui aliène une fraction de plus en plus massive de la population.

     

    Ne serait-ce que pour maintenir leur mode de vie, les maîtres pillards que sont les riches des pays occidentaux se sentent obligés de poursuivre la course sans fin. La croissance, c'est toujours plus de croissance par définition. L'ensemble des règles politiques et économiques est soumis au principe d'accélération dans un contexte d'interconnexion sophistiquée, donc fragile.

     

    Tant qu'elle ne casse pas, la machine à croissance, comme un immense chalut, racle les ressources partout de plus en plus vite, de plus en plus profond. Petit problème, la faune marine et sa sœur terrestre sont épuisées ou presque. Idem pour les minerais, pareil pour le pétrole à terme, le gaz...Tout ce qui constitue la base matérielle de notre civilisation est en train de disparaître, ou plutôt, a déjà disparu.

     

    Il ne fait pas de doute pour les auteurs de Comment tout peut s'effondrer que le monde de nos parents n'est plus qu'un souvenir, comme les saisons nettement différenciées. Les décideurs, nous entraînant à leur suite, sont allés trop loin. Le monde est devant un délabrement programmé qui s'incarnera dans des catastrophes de très grande ampleur, c'est pour eux une certitude « qu'il devenu très difficile d'évacuer ». Il reste à amplifier l'étude du désastre déjà en cours. Ce serait l'objet d'un nouvelle discipline, la collapsologie qui viserait à non pas éviter l'inévitable mais s'y préparer.

     

    Une remarque donne la mesure du danger et la tonalité du livre.

     

    Car nous sommes nombreux sur Terre, avec un climat agressif et imprévisible, des écosystèmes détruits et pollués (qui pourra alors détecter la pollution ?) et une diversité biologique et culturelle exsangue. S'il n'y a pas de sursaut collectif anticipé, il est donc possible que dans le silence du monde industriel, nous revenions à une situation bien pire qu'au Moyen-Age.

     

    Quelques solutions sont livrées, ou évoquées, mais on sent bien que le propos ne vise pas à forcer les fenêtres sur l'avenir, mais à ne pas laisser le lecteur devant un effondrement inscrit de son monde, de laisser une chance à une petite part des populations de repartir, de vivre quand même, laisser une chance à Robinson ou Adam et Eve.

     

    Le style est clair, fluide, le propos compréhensible par tous ou presque. Peu ou pas de graphiques rebutants, d'équations obscures. La doc est impressionnante, quoique toujours états-unienne. Donc vous travaillerez votre anglais pour aller à la source.
    Postface désenchantée d'Yves Cochet.

     

     

     

    En creux un réquisitoire presque résigné, du moins apaisé, contre les politiques qui, depuis le club de Rome, ont eu maints avertissements pour arrêter tout et réfléchir. Aveuglement, déni, insouciance, corruption ? Un peu de tout ça, sans doute, a fait que rien n'a été fait.

     

    Également, une urgente définition d'un projet de société viable, qui fasse l'impasse sur la prédation, refuse le profit comme curseur de réussite et le pouvoir comme marqueur de valeur. Sans adhérer aux différentes lubies d'époque, comme s'enterrer avec des tonnes de conserves, ou faire des stages commandos pour survivre contre des hordes d'ennemis affamés.

     

     

     

     

     

    Pablo Servigne est ingénieur agronome et docteur en biologie. Raphaël Stevens est éco-conseiller. Expert en résilience des systèmes socio-écologiques.

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 2 Août 2016 à 11:33

    Merci pour le partage!

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