• Spirale

     

    Un peu écrasé par l'autorité du vocabulaire de la techno-science. L'idée est de poser quelques-uns de ces monuments textuels comme barrière et guide à la fois, pour voir vers quel chemin le vocabulaire de la géométrie ou de la physique conduit, comment s'exprime la tension entre humanité et représentations théoriques.

    La série devrait comporter 24 occurrences, ou plus, le voyage étant le chemin.

     

     

     

    Spiralea spirale est un mécanisme astucieux. Elle tourne autour du pot sans cesser de grimper. La spirale est à l'apaisement ce que la balle de fusil est à la tête. Mouvement hypnotique parce que fatal. Les corbeaux pratiquent instinctivement au-dessus des champs labourés. Ignorés des nuages, ils cartographient de plus en plus finement la progression des gros vers. Ces gros vers violacés qu'on accroche à l'hameçon, sûr que leurs boucles douloureuses attireront les carpes patientes mais gourmandes. Les vers, dérangés par la lame de la charrue, ouvrent des meurtrières dans les mottes. Qu'est-ce qu'il se passe ? Juste un V noir qui passe et qui s'en va. Le V noir file la spirale à l'envers, cette fois. Il descend toujours, attentif à garder le soleil derrière. Ce vers là est ciblé avec la démentielle précision des prédateurs. Qui s'éloignent toujours, descendent toujours.

     

    On a souvent usé de la spirale pour évoquer l'élévation, une ascension raisonnée, irrésistible. Qui dira que la première pierre dans la vitrine d'un magasin des beaux quartiers n'est pas irrésistible ? D'ailleurs, l'envol du pavé brut, encore maculé de ciment par un ouvrier malien renvoyé la veille pour n'avoir pas su s'adapter au légendaire retard de la ligne B du RER parisien... Le projectile décrit superficiellement un arc. Sa destination à grand fracas élève le débat par un détour matérialiste de l'ordre de la spirale. Les événements ont un sens, au moins celui d'une connivence transcendante qu'on a pu appeler synchronicité chez les mystiques, ceux qui doutent de la capacité humaine à tracer des mantras dans la nuit chaude, avec rien qu'un bout de bois enflammé par des rêves récurrents.

     

    Le policier qui ramassera le pavé pour les collègues de la scientifique entamera fatalement une recherche spiralée autour du bris, en sortant préliminairement son tonfa. Lequel tonfa appellera quelques LBD amis. On verra alors monter au ciel les cris colorés de rage du corps formé des manifestants. Un beau corps à milliers de têtes. Les manifestants avanceront puis reculeront, en siamois avec leurs négatifs caparaçonnés et armés, pour mieux repartir de l'avant, et ainsi de suite.

     

    On la trouve belle, en même temps on se demande pourquoi. Elle n'est pas belle du tout, elle est. Comment accepter cette indépendance d'un brin de laine torsadé, d'une œuvre d'art déployée ? La spirale, pas plus que l’œuvre, n'est art. Elle existe, en tout et pour tout. Elle existe et l'esprit, ou l'âme des dévots, ne cesse de chercher dans sa giration, dans l'aura de l’œuvre qu'ils inventent, ce qu'elle ne donne pas mais qu'ils trouvent quand même.

    Avec l'assurance qu'ils pourront rejouer ce jeu si intime, si primordial, quand ils le voudront. D.C. a coda.


  • Commentaires

    1
    Henri E DAYSSOL
    Samedi 10 Avril à 14:31

    ce qu'elle ne donne pas mais que Lasverne trouve

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