• Post-vérité, vraiment ?...

     

    La post-vérité revient comme une récurrente ritournelle sous les plumes les plus diverses pour décrire le réel. Nous serions déjà dans le monde "d'après" par la magie d'une formule englobante et définitive.
    Formule qui fait sens, donc, ou sens de la formule ? Avant de se résoudre à  tâtonner dans des décors truqués, il vaut peut-être mieux y regarder à deux fois...

     

     

    Post-vérité, vraiment ?...

     

     

    Post-vérité, vraiment ?...ous voulez donner une singularité à votre courant, vos thèses ou vos articles ? Placez-les sous la bannière « post-vérité ». Déjà dans les rangs, le Brexit, la politique, Donald Trump, le fonctionnement des médias ou l'éducation des élites. Vous voulez vous distinguer en société ? Parsemez vos propos de « post-vérité », vous invaliderez par avance n'importe quelle diagnostic classique du réel. Follement novateur, n'est-ce pas ?

     

    A moins que vous ne soyez définitivement démodé, au point de creuser un peu le mystère distingué qui entoure cette formule.

     

     

     

    Bien loin de refléter une nostalgie de l'époque où régnait, implicitement, la Vérité avec un grand V, la post-vérité est une locution biface.

     

    Elle est « post- », comme d'autres sont fans des USA, de la langue franca actuelle, l'anglais. C'est toujours meilleur pour se faire publier, forwarder, twitter et buzzer de faire du mâtiné english. Ceux qui financent et les communicants et les journalistes, tous les happy few autorisés à s'autoriser la post-vérité aiment bien une référence à leur patrie de cœur, les USA. Patrie de Wall-Mart et Gates, patrie du libre-échange garant d'un mode de vie non-négociable.

     

     

     

    Non négligeable effet de singularité, le préfixe « post » donne aussi à l’expression « post-vérité » un noble lignage dans le langage avec ses connotations internationales qui nous murmurent « déconstruction » et « postmodernisme », théories lancées par Derrida et Lyotard, français lus et aimés surtout aux USA.

     

    Ce qui n'est pas plus mal quand on a rien à se mettre et qu'on est absolument à poil sous les paillettes.
    Car, enfin, qu'est-ce que voudrait bien dire une disparition de la Vérité ? Le post-modernisme renvoie à une époque, à production artistique et littéraire bien précise. Le post-apocalyptique renvoie à une période à venir clairement caractérisée par la catastrophe qui l'introduit et une société modelée par cette même catastrophe. Le post-industriel n'est rien sans un mode de production précis et daté. Le post-natal requiert un acte parfaitement connu, on ne peut plus concret...


    La Vérité, elle, existe peu, sauf dans quelques recoins presque abstraits, la mathématique et la physique. Pour le commun des mortels, elle n'est rien de précis, de parfaitement identifiable. L'esprit s'interroge toujours à tâtons sur son existence et préfère juger à vue de nez des choses essentielles comme des décisions cruciales. Même si la Vérité s'entoure d'un bataillon de spécialistes et d'une horde de statistiques. C'est toujours l'humeur, la préférence, le murmure intérieur qui guide la plus mure des décisions.

     

     

     

    Et pourtant, il n'y a rien de plus important que la Vérité, à nos yeux égarés. Elle demeure notre ouverture, là-bas, à l'horizon où la mer de nos errances et le ciel de nos espérances se rejoignent. Elle reste l'aiguillon qui nous permet d'avancer. Elle n'a pas de réalité définitive, mais nimbe d'une lueur singulière un travail, un sentiment, une personne qui nous agrée, nous attire. Le monde, nous cherchons en permanence à l'entendre sonner vrai, juste, beau et cohérent. La Vérité représente cette quête. Elle incarne notre idéal, notre envie d'idéal, Elle est notre valeur-refuge. Finalement, elle est gardienne du lien entre cette réalité qui nous glisse en permanence entre les doigts et ce que nous sommes certains d'être : une présence unique, indicible et pourtant absolument concrète.

     

     

     

    Ce n'est pas demain la veille que nous entrerons dans la post-vérité. Comme ce n'est pas d'hier que les plumitifs se donnent de l'aise avec des formules et bonimentent pour leur tirage, leurs maîtres, leurs egos et leurs places.

     

     


  • Commentaires

    1
    2e Soir
    Jeudi 6 Avril à 20:53

    J'adoreyes

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