• Mobile silencieux

     

    Au départ, je projetais une nouvelle de SF, classiquement orientée techno. Le personnage, la situation ont vécu leur vie pour dériver vers une SF qui lorgne sur la dimension humaine, au travers du décor futuriste, comme le tentait dans "Le géant noyé ", et autres, un maître malheureusement disparu, J.G. Ballard. Toutes proportions gardées...

     

     

     

    Mobile silencieux

    ip sur mon portable. Message attend. Pub. Je la flaire à des kilomètres. Dégoût prolongé sur des années. Génétiquement transformé, je suis. Effacement refusé, in extremis. Pourquoi ? Pas la moindre idée. Sirène inconsciente, prudence limbique. Intuition nouvelle. Peut-être pas les chars à bœufs publicitaires.

     

     

    Erreur. Message de marque. Les fameux fabricants du Startphone me relancent. Je grince des dents. Pouce tourné vers le bas. Stop. Le message m'intrigue. Je relis. C'est bien ça. Nouveau modèle tout pareil aux précédents. Sauf. Que. Diffère radicalement sur un point. Silencieux. Silencieux, le mobile.

     

    Ridicule. En mode silencieux, c'est silencieux. Tautologie vénérée de tous les ados qui tapotent leur appareil sous les couvertures. Plutôt que de bêtement dormir. Bien, Suffit. J'ai fast-checké une minutes quinze. Soixante-quinze secondes de trop. A dégager.

     

    L'esprit des dinosaures pressentant la comète fatale me retient. Je lis encore. Jusqu'au bout. M'était pas arrivé depuis. Longtemps. Pas de mode silencieux, non. Le mobile qui ne sonne pas. Vraiment pas. Les technos marchands l'ont inventé. Option possible pour les fixes. Moins trente pour cent pour les mille premiers acheteurs. Optimiste. Quoique. On n'a pas oublié le pillage éclair de pots de Nutella. Hyper vandalisé, terrorisé. Prudence. Réfléchir.

     

    Ode au silence, peut-être pas. Mais. Quand même. Pas obligatoire de se lancer dans la psychologie des profondeurs. Ni de croiser Schopenhauer et Marx. Juste les évidences. Plutôt, l'évidence. Le silence a quelques atouts. Pas vraiment perceptibles dans le bruit du monde, mais. Silencieux. Équivalent basique : muet. Au bout du raisonnement, ce téléphone ne se manifeste pas. Me laisse la main. Surmonter soi-même son silence. Ou choisir son silence. Muet. De naissance.
    Tenter d'imaginer une situation où s'exerce cette paradoxale capacité. Difficile. Un téléphone sonne, c'est sa nature. J'ai souhaité, applaudi, béni ces sonneries. Anticipé, craint, maudit aussi. Certaines. Ma dernière compagne m'a signifié mon congé par téléphone. Quatre heures pour quitter son appartement.

     

    Et la surprise. Un atout maître. La sonnerie qui surprend, hein.. Pas toujours, mais. Pas fini d'emballer mon cyclo-rameur d'appartement. Mon mobile a re-sonné. Déjà revenue. Déjà devant la porte. Déjà entrée. Moi je partais, comme convenu. Élégant, j'ai trouvé, de faire passer le cyclo-rameur par la fenêtre. Surtout elle, trouvait. Manifestation d'émotion. Pas foncièrement contre, j'ai dit. Objection tombée dans son silence. Bien senti qu'au fond d'elle-même elle allait regretter. Me regretter.

     

    Après débat, reconnaître qu'il y a du pour. Le silence, je veux dire. La nature a horreur du vide. Le silence n'est pas vide. Enfin, pas toujours. En tous cas, il est distinct du bruit. Calculer. Sur une journée. Depuis le réveil. Hors calcul, la période du lit au café-croissant. On ne peut pas, techniquement, parler de silence. Sauf à assimiler au silence l'émergence d'une cervelle enfouie dans les anxiolytiques.
    Du café jusqu'au soir, sept heures de travail. Le droit, la possibilité de parler à mes collègues. Ils gèrent, comme moi, leur panel de clients. L'assureur, notre employeur, nous fixe, naturellement, un quota de dossiers à boucler. Leur parler, j'en ai l'envie, parfois. Je ne fréquente pas leur restaurant. L'hyper, je fréquente. Sandwichs goûteux, heureusement. Budget perso devenu solo. Budget avalé par le loyer. T2 en centre ville. Gourmand.

     

    Retour du travail. Occasion de sortir du silence. Bonjour à la voisine. Troisième rangée comme moi. Vers le fond du bus, ligne 9. On papote de l'arrêt Clemenceau à l'arrêt Joffre. Pas franchement bavarde. Le temps qu'il fait lui tire quelques réflexions. J'abonde.

     

    Tout compte fait, silence vainqueur, dans ce comptage. Supplément de silence pas forcément nécessaire. Exit, le nouveau mobile. Mais. Promo, plus période d'essai d'une semaine. A quelque chose près, le délai légal de rétractation. Bien pensé. Pas oublier les clauses en petits caractères, sur le site. Bla-bla-bla, bla-bla-bla, ramener l'appareil intact. Boite d'origine, si finalement, ça ne va pas. Donc, je vais. Donc, je devrais. Garder la boite. Attention à l'ouvrir assez bien pour pouvoir la refermer, si.

    Décision. J'accepte. Mon doigt va devoir se décider à cliquer le bouton « mon portable silencieux à moi».

     

    Me vient une idée assez saugrenue. Pas forcément courant chez moi. Anne-Lise pensait pour deux. J'étais les jambes, j'aimais bien. Cervelle de nouveau maîtresse se permet des fantaisies. Cervelle ignore mes comptes. Cervelle saborde en douce la logique. Quoique. Pas forcément idiot, ce mobile. Pus à attendre, plus à guetter. Les appels. Anne-Lise, on ne sait jamais. Le téléphone ne sonne pas. Je n'attend pas. Donc. Quand même un atout, dans la vie, la technique.

     

    Pas mal d'« avis » sur le site. Beaucoup d'étoiles. Tout ça sent un peu le trafiqué, mais bon. Avis défavorables. Une poignée. Manque une lumière quelconque, un vibreur. A force d'attendre une sonnerie absente, on finit par oublier. D'attendre.

     

    C'est vrai ça. On peut oublier d'attendre. Clic.

     


  • Commentaires

    1
    qrgv
    Lundi 21 Octobre à 20:31

    BOF....

     

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