• L'oreille

    Je ne parlerai qu'en présence d'Apollon...

     

     

    L'oreillen ce jour je chômais ordinairement
    Une femme est passé à mi-fenêtre
    Elle est repassée peut-être demain
    Peut-être hier, je sais qu'elle est
    Repassée
    J'ai aperçu un jour son profil si chaud
    Un profil traversé de cheveux bouclés
    Bruns et brillant
    Juste des cheveux pour souligner l'oreille

     

    Ma femme n'allait pas revenir, à ce moment
    Si tard, elle ne reviendrait pas tout de suite
    Il faisait encore jour, je le sais, je l'ai vu
    La femme est passé, et je suis sorti
    Il n'y avait personne dans la rue
    Dans la rue, il n'y a plus personne
    Ils sont partis où il y a du monde
    Ma femme ne reviendra pas encore
    Ils sont partis là où ce n'est pas démoli
    Je reste aujourd'hui, elle reste aussi
    Parfois elle sort, parfois je rentre

     

    Elle sait, je sais et les immeubles savent
    Il n'y a personne que nous, elle et moi, hier,
    Demain, je l'ai suivie
    Elle n'a rien marché différent, rien tenté différent
    Rien dit, rien bougé dans les heures et les fils de l'air

     

    Derrière elle, j'étais derrière, elle était là, elle là vraiment
    Évidemment elle a crié, ça bougeait beaucoup sous les nuages qui tombaient vers l'est
    Il n'y a personne et je suis bon, je suis moi même, si c'est si long d'être moi, parfois
    Je n'ai rien fait de plus, ou de moins

     

    Elle tombait, je sais qu'elle tombait parce qu'elle tombe
    Devant mes yeux très doux
    L'oreille dans ma main palpitait, l'oisillon
    Sa maîtresse hurlait dans la rue qui ne viendrait jamais voir
    Sa main collait sur ce petit bout de chair rouge
    J'ai enlevé la main et tenu, tenu jusqu'à
    Hier, au moins, peut-être demain je ne tiendrai plus rien

     

    Je suis sûr que j'ai dit doucement dans le trou
    Au bord du sang qui s'en allait bêtement
    Combien cette oreille, son oreille à elle, était belle
    dans les lignes de son crâne
    Crâne qui n'a rien à faire des absents et des plaques de suie sur les immeubles
    L'oreille est parfaite comme un coquillage, comme la mer qui se moque du temps
    Elle n'est pas à moi, mais je me permets de vous rappeler combien
    Elle ne vaut pas, combien elle ne mesure pas, combien elle ne s'enfonce pas dans le noir
    Des souvenirs
    Elle flotte, elle marche sur les eaux si les oreilles font ça
    Je ne peux pas dire qu'elle est belle, sauf que je la désirais

     

    Je voulais encore plus vous rappeler combien vous oubliez
    Chaque jour de demain comme d'hier
    Combien votre oreille sait ce que vous êtes
    Parfaitement.

     


  • Commentaires

    1
    MonRichard
    Jeudi 11 Septembre 2014 à 14:26

    Très beau texte. J'apprécie beaucoup ce genre de poésie où le poète est dans le monde à l'intérieur de son extérieur et exprime nettement la confusion d'une émotion tenace. Bravo!  Mais Apollon? Il me manque sûrement des références culturelles. Je n'arrive pas à connecter Apollon au poème.

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    2
    Jeudi 11 Septembre 2014 à 23:42

    Merci Richard, tu as bien senti là où je suis au moment où j'écris ce texte. Apollon, dieu des poètes...

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