• L'aura de Walter Benjamin

     

     

    Dans L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, Walter Benjamin définit l’œuvre comme résultat d'une création intriquée dans l'Histoire et dans le parcours de vie de son créateur. Marxiste, il emploie pourtant le terme d'aura pour carctériser l’œuvre, un terme énigmatique qui invite les commentaires...

     

     

     

    L'aura de Walter Benjamin

     

     

    L'aura de Walter Benjaminalter Benjamin, philosophe, historien de l'art, critique littéraire, critique d'art et traducteur allemand, né le 15 juillet 1892 à Berlin (Allemagne) et s'est suicidé le 26 septembre 1940 à Portbou (Catalogne).

     

     

     

     

     

     

     

    Walter Benjamin, dans les années trente, explore l’œuvre d'art en philosophe, quelque part poète. Le divertissement massifié par la reproduction technique – photo, cinéma – est l'objet central de son ouvrage. Avant de développer sa thèse, il plante un contrepoint : la situation initiale de l’œuvre d'art, sa spécificité. Laquelle va se voir, selon Benjamin, irréversiblement altérée par la reproductibilité qu'offre la technique.

     

     

     

    C'est ce contrepoint, ce focus préliminaire sur l’œuvre d'art qui retient mon attention et m'incite à faire un commentaire, même si le commentaire est une manière de diluer, sans doute, le propos de l'auteur. Mais notre « problème artistique » dans le paradigme art contemporain qui est le nôtre, étant de définir ce qui est et ce qui n'est pas œuvre d'art – solution toujours en quête d'auteur, à ma connaissance –, tout ce qui parle de la spécificité de l’œuvre nous rapproche de cette définition, de ce jugement que nous portons même à notre insu : ceci est art, ceci ne l'est pas. En excluant tout dogmatisme, le champ de l'art s'étant agrandi, diversifié dans des proportions que Benjamin ne pouvait, sans doute, imaginer.

     

     

     

    L’œuvre d'art a une histoire, est une histoire, selon Benjamin. Elle est la création d'un auteur, liée indissolublement à des circonstances particulières de sa vie, comme à un état socio-politique de la société, dans un territoire donné. Benjamin écrit à l'époque de la montée du fascisme en Allemagne, il est, de plus, journaliste et marxiste.

     

     

     

    C'est une ellipse immense qu'il trace – des origines préhistoriques de l'art à son époque, qui est presque la nôtre, ou du moins la contient en germe - dans une langue élégante qui annonce le problème, l'exemplifie, puis le synthétise en un concept attirant. L’œuvre d'art a affirmé son essence sur des milliers d'années. Cette essence, Walter Benjamin la nomme aura.

     

     

     

    L'aura, dans sa définition même, incarne quelque chose de mystérieux. Selon Wikipédia « L’aura est un concept ésotérique qui désigne un contour...une manifestation d'un ou plusieurs « champs d'énergie » ou d'une force vitale...Il désigne l'atmosphère qui entoure ou semble entourer une œuvre qui marque son époque d'un rayonnement particulier.

     

     

     

    Cette idée d'aura, presque insubstantielle, recouvre pourtant une création, ses circonstances historiques, le mood, la volonté particulière de son créateur. Ce concept enclot des choses globalement matérielles dans un sac ésotérique. Il y a là un mystère qui suscite l'intérêt, appelle le commentaire comme la pluie sur l'asphalte appelle le soleil. La dimension de ce concept n'est pas mesurable. Si on se réfère à la culture marxiste du penseur, il devrait être dialectique. On passerait donc d'un ensemble de données matérielles – Histoire, histoire de l'auteur, circonstances de création – à leur enchâssement dialectique par un terme qui renvoie presque à l'indicible. Curieux dépassement dialectique, paradoxale résolution des contradictions inhérentes à un propos, des situations, que l'aura. On ne perçoit pas, et c'est peu dire, d'emblée les contradictions de l'Histoire, et des histoires singulières du créateur, ou des conditions de sa production. Tout cela semble être plutôt un ensemble de faits divers, plus ou moins liés et d'inégale importance qui ne donnent pas lieu à un dépassement. L'aura apparaît plutôt comme un résumé, une synthèse concise et pourtant indéfinie.

     

     

     

    Le paradoxe est là. Mystérieux. On est aux marges de la poésie. Poésie qui pose le mot sur l'ineffable. Les mots s'approchent du sens profond, de la conjoncture existentielle qui les produit, non pour la reproduire mais la traduire. Il en est ainsi, je crois, de l’œuvre d'art. Elle est atmosphère, étrange atmosphère qui nous approche par quelque familiarité diffuse, tout en nous demeurant presque étrangère, En ce sens, nous ne pouvons dire exactement ce qu'elle suggère elle, et ce qui émerge en nous comme réponse.

     

     

     

    Dans la republication de l'ouvrage de Benjamin, Sur le concept d'histoire, le traducteur, Olivier Mannoni, rapporte une autre définition proposée par Benjamin. « L'aura est l'apparition d'un lointain, quelque proche que puisse être ce qui l'évoque ». Là aussi, le paradoxe est présent, stimulant.

     

    Et, quelque part, le dépassement dialectique est bien là. L'évidence des conditions socio-historiques, du projet du créateur, et de sa situation de vie se résoud dans l’œuvre. Les conditions sont la chrysalide d'un papillon de lumière qui nous apparaît, nous éblouit, nous laisse interdits. L’œuvre devant nous demeure enclose dans un mystère qui livre à chacun une part de lui-même tout en restant indéchiffrable. Ainsi, elle est proche et lointaine.

     

     

     

    Nous percevons l’œuvre nouvelle et, quelque part, sentons le lien, la proximité avec notre être. Incapables nous sommes, pourtant, de retracer les temps qui ont précédé la création, ces fameuses circonstances socio-historiques, incapables de définir ce que l’œuvre nous offre réellement. Si ce n'est notre être même, saisi un instant par le lointain enclos dans la création. Cette différence essentielle parle au plus profond de nous et nous souffle, paradoxalement, quelque chose comme une évidence miraculeuse.

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Gigi
    Lundi 27 Juillet à 12:19
    Il faut couper le cordon ça libère
      • Lundi 27 Juillet à 15:53

        C'est une solution. De toute façon, la création véritable, c'est larguer les ammares...

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :