• Je vous laisse...

     

    Et si le fonctionnement fluide des magasins de coiffure, des cabinets d'avocats, de médecins, des établissements publics tenait à une petite expression si commune...Je vous laisse la découvrir.

     

     

    Je vous laisse...

    Je vous laisse...e vous laisse aller vous installer, vous asseoir, remplir, prendre, choisir...Ad nauseam on nous sert dans les restaurant, les cabinets de médecins, les magasins de coiffures ou la Sécu, cette formule.

     

     

     

    Deux niveaux de sens dans cette expression. Premier niveau, une liberté formelle exprimée par le verbe « laisser » qui consent à votre liberté de faire telle ou telle chose. Après tout vous êtes le patient, le client, l'abonné...

     

    Deuxième niveau, une contrainte réelle, doublement notifiée. « Je » vous accorde une liberté qui tient à mon bon vouloir. Ce n'est pas vous qui choisissez d'être libre, c'est moi. Et pas n'importe quelle liberté. Celle que commande la situation où vous à placé la procédure en cours dans tel magasin, tel cabinet, tel service public.

     

    Je signifie donc l'incarnation nécessaire pour moi de la liberté que je vous accorde : vous asseoir, vous installer, attendre, remplir tel document, prendre un ticket...

     

     

    L'astuce réside dans le renversement de l'impératif que serait « allez vous asseoir, allez prendre le ticket... » au profit d'un accord que vous n'avez nullement sollicité et tout entier contenu dans le verbe « laisser ». Accepter de prendre votre place dans la file, de remplir tel formulaire...L'implicite fait jouer la formule dans le bon sens. Implicite sur la volonté du client ou patient, de vouloir s'asseoir, attendre à telle place, remplir tel formulaire. Implicite sur la situation hiérarchique globale, souterrainement admise par les deux parties, que l'hôte commande et le client exécute.

     

     

     

    Avec une simple formule d'invitation, on signifie le contexte hiérarchique et l'adhésion du client, ou patient, à l'interaction en cours. Interaction dans laquelle il n'a pas son mot à dire et consent à jouer un jeu où sa liberté réside dans l'exécution de la contrainte.

     

     

     

    La liberté surgirait donc quand l'hôte nous demanderait, après salutations, « Voulez-vous vous asseoir ? », « Voulez-vous remplir un document ? »...Celui ou celle qui serait confronté à une telle réponse serait surpris, sinon méfiant, et peut-être même inquiet sur la santé mentale de l'hôte comme du devenir de la situation où il s'est embarqué.

     

    Il répondrait sans doute « Je vais attendre là-bas », ou « Je dois remplir tel papier ? », ou même « Je m'installe pour que vous me laviez les cheveux ? ». A moins qu'il ne fasse demi-tour et prenne la porte.

     

    Imaginons qu'il ou elle réponde à la question inattendue de l'hôte « Je vais réfléchir », ou « Je vais faire quelques pompes » , ou encore « Je vais au ciné et je repasserai plus tard ». Et s'il lui prenait même l'envie de dire « Non »... ? L'hôte serait déstabilisé, appellerait peut-être la sécurité. Devant les gardiens de l'ordre, le client ou patient, argumenterait « Elle, il m'a demandé ce que je voulais ». Les gardiens ricaneraient. L'hôte nierait avoir dit ce qu'elle ne peut avoir dit. Le client serait invité à partir, voire expulsé en cas d'énervement...

     

     

     

    Je vous laisse imaginer les graves conséquences en termes psychologiques, symboliques et monétaires d'une telle rupture pour les protagonistes, et les magasins ou institutions concernés.

     


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