• Isotopie

     

    Un peu écrasé par l'autorité du vocabulaire de la techno-science. L'idée est de poser quelques-uns de ces monuments textuels comme barrière et guide à la fois, pour voir vers quel chemin le vocabulaire de la géométrie ou de la physique conduit, comment s'exprime la tension entre humanité et représentations théoriques.

    La série devrait comporter 24 occurrences, ou plus, le voyage étant le chemin. 

     

     

     

     

    Isotopien grec, iso « égal », topos « lieu ». Contrairement à ce qu'on pourrait espérer, l'isotopie s'intéresse surtout aux isotopes. Les colonies invisibles, rendues mortelles par manipulations diverses. Le fond des choses, l'atome, destiné à irradier. Les isotopes échafaudent sans faiblir ou presque, la République de la mort. Tout le monde est égal devant les rayons. Au fond du fond, l'homme a soigneusement préparé sa mort. Que ne fait-il d'ailleurs, au fond, toute sa vie...

     

    Les noms en topos, topie, topique reflètent la connaissance et la distinction. Les costumes du savant et de l'honnête homme vivent au présent au présent de l'éternité dans mon esprit incurablement naïf. Einstein, Oppenheimer, ont bien tenté d'ouvrir les fenêtres, d'embrasser la connaissance et les conséquences, de montrer toutes les couleurs du ciel de la science, pour tirer l'humanité loin de la fascination nucléaire. A portée, une géométrie, une organisation, un outil si puissant, si tentant parce que si puissant. Au fond, l'implacable, l'immaîtrisable violence des isotopes.

     

    La République des égaux devant l'atome devrait donc fleurir dans les pages du poète-philosophe. Les hommes doivent éclairer un monde d'iso-lois, aux iso-appétits, aux iso-démunis. Seront traitées, déconstruites et gelées, les iso-déviances. Le lieu de nulle part, l'utopie, est voué à l'abandon. Il n'est pas de taille, ni en force ni en durée.
    Adieu utopie, l'homme préfère l'isotopie. Maintenant, face au monde qui lui résistait, il peut isoler toute résistance, l'éradiquer sans recours. Démiurge il est, démiurge, il irradie la puissance fatale. Toutes les images du monde divers et sauvage des poètes, des douaniers et des rêveurs, il les tient dans sa main.

     

    Regardez bien, je courbe le ciel comme un arc. L'immense volée de nuages et de particules sème une pluie ardente sur l'horizon. L'horizon brûle, puis s'éteint.
    Non, il ne peut s'éteindre, vous le réalisez au moment même où tombe la nuit. Vos yeux se dessillent, les rêves anciens vous désertent. Les étoiles ne viendront jamais s'abandonner à vos pieds. Au fond des choses, dans le brouet de lumière et de nuit qui vous cerne, regardez enfin vos faces. Elles ne sont plus vôtres, au moment même où elles irradient une lumière plus sombre que la nuit ultime qui vous attend.




  • Commentaires

    1
    Henri E DAYSSOL
    Samedi 24 Avril à 23:02

    Le dernier paragraphe est un poème d'une grande force

    2
    Dimanche 25 Avril à 09:42

    Merdi Henri...

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