• Goujon

     

    A la force de ses machines, l'homme est parvenu à se faire sa petite niche à lui dans les immenses ères géologiques. A peine installé, il fait tant de bruit et bouscule tout avec tant de fureur qu'il va s'effacer bientôt lui-même de l'Anthropocène.

     

    Inventaire poétique de ce qui va disparaître juste avant lui...Aujourd'hui, le goujon. 

     

    22 poèmes pour un Anthropopocène étalé sur 220 années, ou à peu près.

     

     

     

    Goujone matin me fait remonter en surface

     

    poisson de petite profondeur happé dans le liquide levant

     

    dans les ondes au premier jour du monde

     

     

    le nom du pêcheur je l'ignore

     

    le nom de l’appât je l'ignore

     

    le nom de la fin je l'ignore

     

     

    le bruit des eaux cascade doucement au creux de mon lit

     

    brins d'herbe endormis au courant éternel

     

    je remonte le temps et la mémoire des eaux me traverse

     

    là où la rivière fait la pause je ne vais

     

    escalader l'horloge des eaux c'est mon histoire

     

    je sais les soupirs et les troubles

     

    je caresse l'univers entier d'une ellipse de ma queue

     

     

    la pluie tombe de l'espace au-delà

     

    nageoire vibrée nageoire déployée

     

    ouïr et fuir et ouïr encore

     

    avec les eaux s'en aller au loin

     

     

    ils viendront

     

    jeter l'effroi figer mes eaux

     

    l'au-delà à contre-saison

     

    héberge les bras morts de mes rêves

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Henri E DAYSSOL
    Dimanche 21 Mars à 00:39

    J'ai quelques problèmes avec le rythme peut-être dus au fait que je suis méridional mais le sens les mots de ce texte sont si merveilleusement poétiques qu'il me parle avec force. Bravo ! 

    2
    Dimanche 21 Mars à 10:40

     La plupart huit pieds, mais parfois onze ou quatorze, les pieds. Pas les pieds de rime, mais les pieds de rythme. Inégalité qui crée sans doute un trouble dans le rythme général. C'est un des problèmes du vers libre. Comment encadrer la liberté sans la brider...
    Je auis méridional aussi, même si j'ai des origines obscures (voir Datura 11)...Merci Henri.

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