• Entropie

     

    Un peu écrasé par l'autorité du vocabulaire de la techno-science. L'idée est de poser quelques-uns de ces monuments textuels comme barrière et guide à la fois, pour voir vers quel chemin le vocabulaire de la géométrie ou de la physique conduit, comment s'exprime la tension entre humanité et représentations théoriques.

    La série devrait comporter 24 occurrences, ou plus, le voyage étant le chemin.

     

     

     

    Entropieertaines choses sidèrent plus qu'une lune orange contaminant d'un coup les nuages endormis sans que la mer bouge un cil, au crépuscule des vaines agitations.

     

    Certaines choses excèdent. L'univers excède, par le plus petit de nos atomes sécables à l'infini. Par le plus gigantesque des super-amas, impensable immensité ponctuée de lumignons. L'infini excède.

     

    L'univers infini renvoie la raison en vacances. Qui a idée de l'infini ?.. D'ailleurs, c'est bien pour ça qu'on a sorti la main de Dieu, de Krishna, de Mahomet ou de Manitou. C'est la main qui calme les enfants sages dans le noir.

    On dit, aujourd'hui, avec toute l'arrogance des apprentis-magiciens, que cet univers hors-limites serait entropique. Qui s'y frotte. Le cri d'un goéland ébranle-t-il le ciel ?... On a testé un atome d'espace, on a posé des drapeaux sur des cailloux, on a fait gronder des moteurs de bicyclette. On tutoie le mystère, on toise le sacré, on règle comptant toute chose sur la Terre et dans le Ciel. La raison a bien besoin de vacances.

     

    D'ailleurs, l'infi-nie. Et moi, itou. La prétention des glottes armées de cravates n'a d'égale que celle du poète se risquant à figurer, avec quelques pétales et une poignée d'hyperboles, les yeux d'un être qu'il aime - si tant est que ce mot ne soit pas un masque du narcisse planté au milieu de son ego.
    Les astrophysiciens calculent la dérive de leurs existences, à peine sorties des cuves. Bien sûr qu'ils posent l’œil là où tous les soleils saluent l'immensité. Et alors ? Je regarde l'astre depuis mon bout de jardin et je suis ébloui.

     

    Encore, si le mot en valait la chandelle. Entropie, ça branle du cul, comme disait le voisin de mes parents, en parlant d'une génisse pleine jusqu'aux yeux. Les fermiers entropisent les êtres d'un seul mot bien placé. De plus, les physiciens n'ont pas le droit d'oublier que dans "entropie", il y a "en trop". Toute la magie en carton-pâte de l'élévation au cric vers le langage est là.

     

    Désignant la pente, la tendance systémique de l'univers, les fabricants de langue scientifique ont signalé, sans faire gaffe, que l'entropie c'est le truc en trop.  L'infini, d'accord, rien à dire, ça brille de la mèche de cheveux au bout de la queue. L'entropie, ça coince quelque part.

     

    Raisonnons raisonnable. L'entropie, c'est pas une tendance, à peine  une inclination périodique, une humeur humanisée. L'univers a ses regagnas et les physiciens sortent le télescope mortuaire. Feraient mieux de regarder leur doigt qui tremble avant de désigner le ciel.


  • Commentaires

    1
    pierre Bacchelli
    Lundi 12 Avril à 15:26

    très bien vu et dit , j'ai toujours eu horreur  des décimales  , centésimales , et autres ,l'entropie a eu sa mode , elle est trop serrée à écrire ,le mot la porte mal . L'infini est asthmatique et les astrophysiciens tubars , ,c'est peut-être pour ce la que vous avez fini par parler de l'entropie à la fin de l'ite missa est !!!!!!!!

      • Lundi 12 Avril à 15:51

        biggrin Ah, ah....Je partage le vertige, et je précise que je suis un laïcard traversé par des souvenirs d'enfance religieuse.

    2
    Henri E DAYSSOL
    Mercredi 14 Avril à 10:00

    Sans compter que ce "doigt qui tremble" pourrait avoir pour eux meilleur usage...

      • Mercredi 14 Avril à 11:25

        Je ne vois pas ce que tu veux dire... smile

    3
    Bossman
    Mercredi 14 Avril à 10:46
    Bossman

    La recherche sur le comment de notre univers n’est pas sans relation avec la recherche du beau. Le beau, le bien et le vrai ne sont-ils pas les facettes du Même ? Bien sûr, on trouve des chercheurs « matérialistes » ou « cartésiens », engoncés dans l’étroitesse de leur vue. Peut-être y a-t-il des chercheurs qui ne voient l’univers qu’au filtre de la deuxième loi de la thermodynamique que l’on appelle aussi la loi d’entropie. Pourtant, cette loi n’est qu’une loi. Elle ne s’applique du reste qu’à la partie « visible » de notre univers. Elle n’est que l’expression d’une facette du réel où la probabilité qu’un objet brisé se recompose miraculeusement est quasiment nulle. Il y a donc bien sûr une sorte de tendance à la destruction, à la décomposition, à l’erreur inhérente à la matière et à la vie. Paradoxalement, c’est parce que la destruction et l’erreur existent que la matière et la vie se complexifient patiemment au cours du temps. Sans l’erreur et la destruction, la vie n’aurait pas pu se complexifier, l’homme ne serait pas apparu sur terre. Paradoxalement, sans la loi de l’entropie, il n’y aurait pas de vie possible. Enfin, tout véritable chercheur scientifique se doit d’être philosophe et même poète. Tous les grands chercheurs vous diront que les lois scientifiques ne sont pas dénuées de beauté et de poésie. Il y a des vidéos pour découvrir la science dans un cadre plus philosophique, accessibles sur le net avec les cours remarquables du chercheur Aurélien Barreau. Si vous avez la patience de visionner ces cours, vous pourriez être assez surpris.

      • Mercredi 14 Avril à 11:30

        Merci Bossman..Au fond, n'importe qui doute et cherche, pour peu qu'il soit engagé dans une démarche de sens, de vie, de création. Je perçois ça chez Aragon, chez Benasayag, chez Prigogine, chez Bolano...La poésie à mon sens, à pour kif de jouer avec les mots jusqu'à ce qu'apparaissent les doutes, les plaies, l'incertitude fondamentale....Ce qui ne veut pas dire que les grands chercheurs, les grands philosophes font de la poésie. Chacun son domaine d'inclination. Mais notre part d'humanité excède, transcende les catégorisations. Pour quel effet bénéfique et pour combien de temps (cf Antropocène)...?

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