• Elévation

    Sur notre éternel fumier ne poussent pas que des vers

     

     

    Elévationous étions une quinzaine à boire notre misère

     

    Dans le bar des ombres la nuit pour nous avançait

     

     

     

    La fille complotait avec trois dérisoires compagnes

     

    Elle saignait les heures de son œil

     

    Un œil bien vieux sur un visage tendre

     

    Nous aurions pleuré si la bière n'avait préféré

     

    Par en bas s'évacuer

     

     

     

    Je ne sais qui l'a appelée, qui l'a cherchée, qui l'a faite

     

    Elle était debout sur l'entrée du bar

     

    Elle partait sur fond de nuit

     

    Non, elle ne partait pas, elle retournait même vers nous

     

    Qui voudrait de la nuit froide au fil des jours glacés

     

    Pas nous, reste, j'ai cru avoir dit

     

     

     

    La tête de côté, le bandana coquet

     

    L’œil tout grand, le cou d'un cygne

     

    Elle s'est planté sur l'allée

     

    J'attendais la chute

     

    Non, j'espérais la chute

     

    Elle méritait d'embrasser le sol gras

     

     

     

    Le patron a levé une moustache perplexe

     

    Brailler à cette heure-là

     

    Mon dieu, voilà des façons d'ivrogne mal dégrossi

     

    Celui-là n'était pas de la légion des aigles

     

    Il fallait qu'il tende un peu l'oreille

     

    J'ai levé une main, suspendant le coup de gueule

     

    La fille taillait sa route avec une clarté de ballerine

     

     

     

    On aurait cru les murs abolis

     

    La chambre d'écho rivalisait cathédrale

     

    J'aurai bien cru aux anges et toute leur collection de grâces

     

    A la fin, quand elle s'est tue

     

    Le silence à tenu sa traîne.

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Vendredi 23 Janvier 2015 à 13:07
    Yokshares

    Excellent. Une apparition et le monde est changé...

     

    2
    Vendredi 23 Janvier 2015 à 13:49

    J'ai tenté de mettre en mots la surprise de la beauté. Tu l'as bien saisi...

    3
    Vendredi 23 Janvier 2015 à 13:52
    4
    Mon Richard
    Vendredi 23 Janvier 2015 à 15:14

     Ça termine fort:

    "A la fin, quand elle s'est tue 

    Le silence à tenu sa traîne. "

     

    met-z-en que c'est de la beauté là où on ne s'y attend pas:

    "Elle saignait les heures de son œil "

    Ça c'est du poème comme je les aime.

    5
    Vendredi 23 Janvier 2015 à 15:45

    Tiens, un québecois de la rime...Tabernacle ! Merci, Richard :)

    6
    Vendredi 23 Janvier 2015 à 16:29

    Va falloir songer à en faire un recueil, pour 2016. C'est beau comme un fragment de charbon luisant, ce morceau-là. Je mettrai bien mon nez dans le tonneau où tu les ranges.

    7
    Samedi 24 Janvier 2015 à 09:05

    Le tonneau n'est pas si gonflé, laissons le temps au temps, comme disait l'autre...

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