• C2J4

     

    Chronique réelle ou imaginaire dans l'espace-temps du deuxième confinement...

     

     

     C2J4

    L'une est en jogging rouge et blouson noir, l'autre en blouson matelassé vert et jean vaguement ocre. La première n'est pas masquée, la deuxième l'est. L'une fait plus de bruit que l'autre, empêchée par le masque. Passant, je ralentis à une vingtaine de mètres, prévoyant le dérapage hors de la lente parano quotidienne. J'entends des volets s'ouvrir, je lève les yeux et rencontre d'autres yeux avides. Je m'arrète, refais mon lacet. Une réplque sur deux me reconstruit vite le motif de l'accrochage. La masquée reproche à la joggeuse de ne l'être pas. Masquée. Pire, d'avoir jeté son masque par terre. Effectivement, sur le sol, l'objet du délit. Ça monte dans les tours assez rapidement. Oh là, tu me touches pas, toi ! La sportive repoussée recolle à l'adversaire, coup de griffe, elle réussit à lui arracher le masque. La démasquée en perd la voix, ses yeux exhorbités me regardent sans me voir. Sa main réagit pour elle et s'en va claquer la tête en face. Un joli "clac", bien sonore. Je sens l'envie d'applaudissements dans les étages, voire même de casseroles. La sportive n'est plus rouge ni soufflante, plutôt sans voix. Elle se tourne et s'en va machonnant quelques injures que je n'entends qu'à peine. La masquée réplique. Je ne capte pas tout, là non plus. Peut-être "tes morts" et "va covider ailleurs". Le masque est resté au sol.

     

    Question centrale. Faut-il jeter les masques au sol ?...
    Dans une poubelle, il risque de contaminer toutes ces petites bêtes qui comptent sur la générosité des containers, les rats, les araignées, les moustiques et même les goélands. Sans oublier les chiens. Et surtout les boueux qui les vident. Un masque au sol prévient hommes et bêtes. Les uns ne poseront le pied qu'à un mètre, bien distancié, les autres resteront à l'écart, avertis du fait que grignoter sur la chaussée attire rapidement les voitures. A ne pas négliger non plus la touche de couleur sur le ruban grisâtre de la rue.

     

    Et peut-être qu'un passant fauché, attirail protecteur bien en place, osera récupérer l'objet sanitaire défraichi. Peut-être que dans une bouffée de générosité, il ira l'offrir à quelque SDF dépourvu.
    Voire réutilisera le masque après avoir testé sa fonctionnalité mécanique sur ce même SDF. Il s'agira d'abord de justifier auprès du personnage à sébile l'essai du masque usagé. On utilisera une intention médiatique quelconque, et quelques piécettes - les 5c d'euro font merveille; assez lourdes dans la main émerveillée du demandeur pour permettre de s'esquiver vite fait - qui feront, sur le moment, le bonheur du voyageur ou de la voyageuse des rues - la  parité heureusement, dans ce domaine aussi, est à l'ordre du jour.

     

    On n'imagine pas assez les formes nouvelles de l'entraide, sous covid.


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