• Buisson, l'homme au magnéto d'or

    Buisson / Medias, collusion fatale

     

     

    Buisson, l'homme au magnéto d'or

     

    Buisson, l'homme au magnéto d'orl y aurait normalement de quoi s'étonner qu'un homme qui, d'après ses amis d'extrême-droite, était motivé surtout par l'argent, attire les papiers plutôt laudateurs de l'ensemble des médias après avoir espionné des années durant son patron, trahi ses secrets, et vendu sa came à prix d'or. Même si les medias ouvrent un parapluie d'un mépris plus ou moins explicite, celui paraît propice à laisser, ensuite, ce personnage développer ses « thèses », dauber sur le personnel politique, donner des leçons de morale aux uns et aux autres. Une espèce de respect retient les plumes et les images. Six tendances observables de fond prêchent dans la politique et les médias d'aujourd'hui révèlent un lien fondamental entre la médiasphère et l'homme au magnéto d'or.

     

     

     

    People. Le brun conseiller a été embauché au plus près de Sarkozy, au plus haut niveau de secret, d'intimité politique. Et Sarkozy est une icône, a priori, du média people même s'il n'est pas trop exposé. Même valeurs, même obsession de la visibilité. L'argent, l'apparence, le bagout du camelot, le mensonge facile. Buisson a bénéficié de l'aura et Buisson a orchestré médiatiquement son passage dans le camp du mal, avec séquences et traits forcés un peu partout. Bref, il fait de l'entertainment avec son histoire. Les medias adorent. Le people a contaminé toute la planète en carton-pâte aujourd'hui. Voilà pour le « terrain » qui ne rejettera pas Buisson, malgré tout.

     

     

     

    Extrême-droite. Quand il parvient à séduire le nouveau président UMP, c'est par son origine politique. Sarkozy a été un copain, sinon un compagnon de route de la France extrémiste de droite, à l'UNI* ; tous unis autour de la sainte Vierge et contre les fells. Il en a gardé non seulement l'attrait pour la politique du gros bâton, mais le côté autoritaire gras du chef qui a toujours raison et toujours le micro. Je te méprise bruyamment et je te cogne brutalement. Finalement, Buisson c'est la cale du cerveau présidentiel, la mère de Sarkozy, si l'on pense vinaigre.

     

     

     

    Sécuritaire. Dans des médias jamais aussi puissants qu'aujourd'hui, car adorés par bling-bling**, et au moins autant par son successeur, Buisson est une figure attendue, un délicieux vilain de comédie qu'on laisse volontiers se camper en Médicis du dictaphone. Buisson incarne aveux et trahisons, il n'en reste pas moins un homme d'extrême-droite, qui adore le peuple, mais au travail pour ses patrons et pour lui. Un homme qui n'a pas manqué de cultiver cervelle, et servitude pour ceux qui n'ont pas ses capacités de conseiller et ses aptitudes de valet. Il livre donc les rudes potions, à injecter au peuple et aux politiques trop loin de la réforme, qui les mettront au garde-à-vous. Buisson, hommage vivant au climat sécuritaire actuel.

     

     

     

    Domestique. Ainsi croit le nombre d'articles consacrés à ses aveux de confortable roussin, NSA au petit pied, prêt sans doute dès le début à publier ses Verbatim de balance. En somme, parfaitement déplorable moralement, Buisson trouve un écho flatteur, qui fait émerger une ressemblance fondamentale. Une homologie structurale pourrait-on presque dire, entre ce confortable traître et la meute appliquée à confortée les puissants adeptes du goupillon et du sabre. Ils mordent sans cesse la main qui les nourrit, comme Buisson. Lui, vend ensuite ses secrets arrachés. Les médias mordillent encore pour agiter le mirage d'indépendance qu'ils vendent au gogo.

     

     

     

    Voyeur. Les médias suscitant sur la toile et ailleurs le plus d'émotions, d'échanges enflammés sont ceux qui interviennent dans le champ général, générique pour ainsi dire, d'un moyen d'information : l'observation. Observation indiscrète, intime, dépouillée de pudeur comme de retenue. Règle fondamentale du champ : je côtoie, j'épie, je guette, je crache. Ainsi de Closer, Entrevue, ActuStar, La Nouvelle Star, Danse avec les stars, la Revanche des ex, Purepeople... Et autres mags de trou de serrure, publics et privés. Sans parler de la kyrielle d'émissions qui ne sont pas formellement people, mais en adoptent l'esprit.

     

     

     

    Sexolitique. Tous ces médias ont, peu ou prou, une dynamique fondamentale résumable en trois mots : planque, dévoile, divulgue, dans le registre sexe, de préférence.

     

    Buisson, même combat. Je flique, je note, je m'acharne des mois à choper l'expression, l'indiscrétion, qui fait quoi et qui trahit avec qui – à tous les sens du terme - et je balance avec l'habileté de me faire prendre pour faire saliver avant de faire savoir, pour faire succès au final. S'il est un grand traître, Buisson innove aussi à sa façon misérable. Il traite la politique comme les médias le faisaient du sexe, en la faisant « apparaître » dans le cadre d'un trou de serrure structurel, sur fond d'intimité universellement violée.

     

     

     

    Carpette. De plus, Buisson n'a rien à voir avec les adeptes tarifés de la fesse et du ragot : il ne bossait nullement comme intérimaire sans dent pour des patrons de presse ou d'émissions putes, mais pour un président, avec de très confortables émoluments. Il incarne le rêve du journaliste de cour : passer communiquant, passer du côté du manche et s'aplatir assez pour qu'on ne fasse plus de différence entre lui et les amis, les convaincus. Jusqu'à ce qu'il lâche et courre vers la grosse galette.

     

     

     

    Bélier. En outre, Buisson devait absolument garder pour lui le fond du tonneau s'imprimant dans son magnéto, l'idéologie brute et brutale du pouvoir, le mensonge incarné de la cinquième Répueblique, comme tous conseiller de rois. C'est l'implicite limite, l'accord de fond entre l'immense majorité des médias et le pouvoir. Mais Buisson a trahi, balancé. Les médias ont trouvé un bélier, ils peuvent s'engouffrer dans la brèche et délicieusement reprendre le butin de Buisson. Le Canard Enchaîné, parangon auto-proclamé de la presse indépendante - qui roule aujourd'hui, semble-t-il pour Hollande et ne ménage ses piques à Mélenchon, Duflot et tous ceux qui peuvent menacer la croisière du paquebot présidentiel -, le Canard, donc, lui consacre non pas un mais deux articles dans son dernier numéro. On ne compte plus les portraits, les entretiens, les révélations dans le reste de l'infosphère.

     

     

     

    Écume. Dernière et majeure explication du phénomène Buisson : les médias ont changé de nature. La presse vit aujourd'hui de quoi, tous médias confondus ? Non pas de grandes découvertes, de grands reportages, de grandes fresques en cinq colonnes à la une. Elle prospère dans les petites phrases, les indiscrétions morales, les ragots politiques. Qu'est-ce que Buisson si ce n'est un réservoir immense de petites phrases.

    Dans le travail utilisé, le travail manifeste de Buisson, il y avait peut-être de la réflexion, du programme, de la planification. Soit. Dans ce qu'il a méthodiquement compilé et envoyé sur les étals c'est de la petite phrase au kilomètre, avec un zeste de colle conceptuelle. En tous cas, c'est ce que le petit peuple des pies cherchera à lire, à se raconter. C'est ce que les médias dans le tunnel du buzz, de l'actu et du continu vont relayer à cors et à cris. Et il le sait, le cupide clerc. La petite phrase, c'est bon, ça cartonne à mort. Espionnée, pompée, notée, thésaurisée et finalement vendue. Vendue comme un paparazzi vend ses clichés, après des mois de planque, de traque, de mensonges et de minables corruptions pour approcher la fesse de Caroline, l'Alzeimher de Georges, le lit de mort de Mitterrand.

     

     

     

    Buisson, c'est finalement tout ce qu'il affirme mépriser : le rêve pipole par excellence, la proximité tranquille, la balance confortable, l'exhibition petit doigt en l'air d'un type payé pour gaver le Moloch d'aujourd'hui, celui qui vit sur le syndrome de l'accident. Quand l'homme lève le pied et se penche à la portière dans l'espoir de voir le sang, les os brisés, d'entendre les hurlements de douleur et de se sentir alors vivant, si paisiblement vivant.

     

     

     

    *Voir Génération Occident, de l'extrême droite à la droite Frédéric Charpier – éditions du Seuil

     

    ** D'après Mediapart et autres, F. Hollande aurait accordé des entretiens à pas moins de 90 journalistes divers.

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :