• Abstention ou Melenchon ?

     

    Le paysage électoral promis pour 2017, n'est pas très compliqué. Un immense parti néo-libéral allant du FN au PS et affidés. Ce qui promet les mêmes recettes que celles qui ont indéniablement échoué. Certains voudraient nous faire croire, avec trémolos et coups de règle sur les doigts de ceux qui ricanent, que d'un côté il y aura les tenants de la République et de l'autre la Dictature. En réalité nous avons les tenants d'un sécuritarisme à tendance néo-fasciste honteuse et de l'autre un néo-fascisme décomplexé. En termes politiques, l'arc de la droite allant de Fillon aux PS et alliés, face au FN.

    Le citoyen de Gauche, et sans doute beaucoup d'esprits libres qui se croient de droite, veulent rompre. Rompre le système électoral qui reconduirait les mêmes en version rose, bleu, ou apothéose du pire, les bruns.

    Abstention ou Melenchon ?

     

    Abstention ou Melenchon ?ableau

     

    Dès 2013 le dirigeable médiatique s'est posé sur 2017 et n'arrête pas de nous tirer hors du réel vers cette élection prochaine. La temporalité médiatique décalée est le carburant de l'hyperéalité politique actuelle. Hyperéalité généralisée qui a pris sans doute naissance avec l'apparition et l'essor de l'outil technico-scientifique globalement nommé Raison. Les Lumières et leur esprit nouveau, comme perception conceptuelle et synthétiques du Réel, organisant une mise à distance progressive du réel, de cette aporie nommée chair et barrières que le monde nous pose, à commencer par notre finitude.

    Sous la surface brillante le réel et le temps continuent pourtant leur œuvre et nous débouchons effectivement sur une élection.

     

    Élection

    Elle est cruciale. Le théâtre politico-médiatique est tellement vermoulu qu'on entend les craquements de la charpente. L'hyper-réalité qu'il dessine pour nous perd des couleurs et de la substance chaque jour. Les acteurs jouent faux, leurs costumes ne leurrent plus personne, leur discours n'a plus aucune chance de séduire. Leurs rôles sont usés à la trame, mais toute la troupe se porte à merveille, cultive une arrogance sans faille que le famélique public ne goûte plus du tout.

    Surplombant le théâtre, des menaces planétaires continuent à hypothéquer notre mode de vie, sinon notre existence même. Bourses en lévitation, environnement extrêmement dégradé, choix énergétiques potentiellement mortels, terrorisme croissant en intensité et gagnant chaque année de nouveaux pays, dont l'Occident qui se croyait à l'abri.

     

    Balayage idéologique

    Écartons les faux et impossibles choix.

    Option révolution : improbable à l'heure actuelle. L'air libéral que nous respirons depuis si longtemps a tué la conscience de classe ou presque. Une grande partie du prolétariat a adopté l'individualisme prôné par les maîtres. Aliénation logique, dans un système capitalisme hyper performant pour les mirages comme pour les produits. Tout est possible dans un contexte d'effondrement émergent du système, mais les conditions ne semblent pas réunies, même si ce genre de prédiction s'est vu infirmé il y a près de cinquante ans.

    Option conservatrice. Fillon et autres Le Pen : impossible retour vers une économie qui tenterait de réaliser ce qui a déjà été fait, en pire. Une politique à la Thatcher, pour aussi violente qu'elle fut, est dépassée par l'aggravation de l'exploitation actuelle. Les classes populaires sont aujourd'hui, les stats de la pauvreté, au taquet pour survivre. Corruption structurelle, liée au statut des représentants et aux interlocuteurs prioritaires, financiers et industriels.

    Option souveraino-autoritaire : malgré un affichage altermondialiste, le FN est un parti libéral qui adore l'autorité incontestée et déteste tout ce qui est protestation dans la rue. Bref, ne supporte pas l'agitation démocratique du peuple qu'il prétend défendre. Indice : il n'a pas peur, en refusant l'augmentation du SMIC, de la contradiction entre son discours populiste et ses hauts cris pour cette France de paysans et d'ouvriers qui s'enfonce justement à cause de revenus sans cesse rognés. Corruption en cours, qui commence à émerger. Tentation revendiquée pour le tout-sécuritaire.

    Option ultra-libéralisme larvé. Le PS et ses alliés. Prorogation de la méthode de gouvernement actuelle, avec un mix sécuritaire-libéralisme assumé. Le résultat est tout défaillant en termes d'emploi, de filets sociaux. Les français dans leur immense majorité ont perdu en pouvoir d'achat ainsi qu'en sécurité économique et sociale. Corollaires: prééminence aggravée du patronat, maillage serré du territoire par les forces de police. Contexte : chute des classes populaires dans la misère et évaporation des classes moyennes, qui voient leur schème d’ascension s'évanouir et leurs statuts comme leurs revenus fondre à vue d’œil.

    Reste deux choix majeurs, si l'on veut rompre avec la pratique, les discours et programmes qui nous enfoncent dans une crise qui n'en finit de renaître plus forte depuis l'initiale crise du pétrole des années 70.

     

    Abstention ou Mélenchon

    Deux positions aussi raisonnables que dominantes, à la Gauche où je me situe. L'une allant vers la fin du combat faute de combattant. Perspective, la fin du système par implosion, crise évidente de représentation et blocage par absence de liquidité. Liquidité entendue comme manque total de votants de bulletins et de votants. Cette abstention très dominante, voire totale provoquerait l'arrêt de la mécanique électorale. A condition qu'elle opère un saut quantitatif, donc qualitatif dans les esprits, de droite comme de Gauche.

    L'autre position postule le retour d'un socle collectif à la base de la représentation. Une option de quasi-rupture avec un panel de politiques en lévitation, sans presque de comptes à rendre et de plus en plus indépendant de leurs promesses. La pierre de touche du programme Melenchon étant la mise en œuvre immédiate d'une Constituante devant révoquer les lois organiques en vigueur pour rendre les clés au peuple, avec les conséquences sur les institutions, les traités, la verticalité générale de la société. Ce, dans un appui sur le passé révolutionnaire pour entrer dans un avenir où la base de l'organisation politique, partant de l'économie, serait profondément bouleversé, si la Constituante est mise en route, appliquée et déclinée. Si cette déclinaison séduit l'électorat populaire au-delà des limites de Gauche, pour s'adresser au prolétariat dans son ensemble.

     

    Le tableau ci-dessous tente de sérier les avantages et inconvénients des deux choix, d'un point personnel et social à la fois.

    L'idée est évidemment d'aider chacun à prendre sinon un engagement, du moins position pour l'un ou l'autre.

     

    ABSTENTION

    MELENCHON

    Gains

    Pertes

    Gains

    Pertes

    Adéquation entre action globale et perception générale (« tous pourris »)

     

    équilibration de l'action. On prive les élus de bulletin comme ils privent les gens de citoyenneté

     

    interruption active et synthétique de l'institution du vote ; elle traite système, acteur et inter-actions en une seule (in)action,

     

    expulsion symbolique à la fois des représentants et du mode de représentation

     

     

    aversion anti- « système » incarnée d'une manière simple et concrète - sans argumentation nécessaire, pour ceux que le discours intimide ou révulse

     

    expulsion des hommes et modalités perçus comme néfastes et rejetés globalement

     

    radiation radicale de la représentation, voire de la société ; société dont les élections sont perçues par certain(e)s comme un rouage pervers d'une entité sociale complètement hostile

    Dilution du positionnement, entre désintérêt, refus liée à des raisons/motivations diverses pas forcément communes

     

    privation de choix/adhésion à un programme et un candidat avec son bulletin

     

    privation de la possibilité de défavoriser activement un candidat avec son bulletin

     

    auto-exemption de la fonction citoyenne majeure, aujourd'hui

     

    auto-exclusion qui peut être perçue socialement comme facilité, mollesse sans raison valable devant le devoir électoral

     

    frustration possible de ne pas s'impliquer dans le développement d'une vision d'un autre monde, d'un programme autre, mais d'être dans un refus sans contrepartie, si ce n'est de susciter quelques réponses et malaises

     

    action sans résultat tangible :

    le système est affaibli par une amplification de l'abstention mais reste inchangé

     

    échec face au changement du système, puisqu'on ne met pas un homme/représentant en situation de changer les choses

    Valorisation de soi : la citoyenneté active – discussions sur le politique, les politiques, l'avenir citoyen, distribution de tracts, réunions de groupes, etc. -

     

    adhésion/fusion de l'individu dans le groupe : protection,sécurité redoublement/renforcement des convictions

     

    intégration par le militantisme dans la société politique, citoyenne, civile

     

    action/création de sa réalité, son rêve en discutant/participant à une nouvelle construction théorique et pratique

    projection dans le futur par le caractère « performatif » des réunions, discours, meetings actent/rendent presque tangible la nouvelle société attendue

     

    transformation politique potentielle par la réalité des programmes/projets qui lève une espérance et une attente puissantes

     

    implication populaire centrale notamment par la constituante promise dans le programme/projet France insoumise

     

    transformation virtuelle des institutions, donc de l’État, par la prise en main du fondement de l’État (constitution) par les citoyens

    Prorogation du système, indépendamment du changement potentiel ; on alimente de fait, en votant un système qu'on voudrait changer

     

    spéculation hasardeuse ; voter pour un programme, un homme est un pari sans garantie de succès

     

    réalisation incertaine de tout ou partie du programme (comme de tous les programmes) : quelle est la volonté réelle des responsables du projet France insoumise ?...

     

    mobilisation difficile et pourtant nécessaire de l'électorat pour un programme et un homme de Gauche dans un contexte de propagande puissante et d'arasement de la citoyenneté

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    JiPé
    Samedi 14 Janvier à 09:33

    Côté abstention il manque à mon avis la principale perte:

    Il n'y aura jamais 100% d'abstention, et je ne crois pas que dans le système actuel il y ait un mécanisme invalidant une élection si un minimum de participation n'est pas atteint?

    Rien n'empêchera donc le candidat ayant obtenu le plus de voix parmi les suffrages exprimés -même si cela ne représente qu'une poignée de %- de proclamer sa légitimité.

    L'abstention, bien qu'elle soit un choix souvent réfléchi et parfaitement respectable, revient donc à un abandon total de citoyenneté au profit d'une minorité, ceux qui ont intérêt à ce que le système perdure qui donc se mobilisent le plus...

     

    Evidemment, à l'opposé on pourra argumenter que la participation sous forme de vote blanc n'apporte rien non plus, celui-ci n'étant comptabilisé que comme participation au scrutin et non pas comme opposition au choix proposé. Et du coup le vote blanc devient caution d'un système que l'on voudrait voir changer, mais qui a réussi à détourner le choix citoyen de sa fonction, et donc à voler la démocratie à ceux qui devraient en être les acteurs principaux.

     

    De ce point de vue, la volonté de France Insoumise et de JL Melenchon de rendre le vote obligatoire mais en contrepartie de donner toute sa valeur au vote blanc me semble un argument de poids en sa faveur. Si l'on combine en plus avec la révocabilité des élus en cours de mandat, alors on a là un programme en faveur d'une véritable citoyenneté.

    2
    Samedi 14 Janvier à 10:47

    Bon débat intérieur, Jipé. C'est ce que j'espère susciter avec ce texte.

    Tu as peut-être lu un peu vite. J'ai écrit dans la colonne "Pertes", catégorie Abstention : "action sans résultat tangible : le système est affaibli par une amplification de l'abstention mais reste inchangé". Ceci inclut la perspective d'une abstention totale, qui n'était explicitement cité parce que hautement improbable, tu l'as dit toi-même.

    Si le vote obligatoire peut-être perçu par certains comme une violation de leur liberté de refuser tout le système y compris son mécanisme de vote, le bulletin peut apparaître comme le bulletin exprimant le rejet global. Mais ce bulletin est lui-même participant du système, donc la question du vote obligatoire ne me semble pas tranchée par cet aménagement.

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